L’Animal de Humboldt – T2 du Marsupilami par…
Après un remarqué Spirou à Berlin, l’auteur allemand Flix propose avec L’Animal de Humboldt, une deuxième relecture de l’univers Franquinien en se penchant cette fois sur le Marsupilami. Ce n’est, certes, pas la première tentative de “Marsu Begins” (comprendre : un album qui se penche sur les origines du mythe), que ce soit avec le grand classique Nid des Marsupilamis ou La Bête de Frank Pé et Zidrou. Cette mouture particulière imagine le Marsu dans l’Allemagne des années 30, dans une atmosphère d’accession du NSDAP au pouvoir et de calme avant la tempête.

Dans le rôle de Bring M. Backalive : Alexander von Humboldt (1769 – 1859), explorateur naturaliste allemand, inspiration de Darwin, et dont le portrait est loin d’être flatteur. C’est lui qui, lors d’une expédition en Amérique du Sud (entre le Paraguay et la Colombie) en 1801, va découvrir une sorte d’étrange serpent à fourrure tachetée, destiné à être le nouveau clou du musée d’histoire naturelle de Berlin. Avec le drôle de petit singe qui y est rattaché, s’entend.

Assez curieusement, cet épisode de forêt vierge, personnage-titre inclus, ne dure qu’une douzaine de pages. Toute l’action se passe en fait à Berlin en 1931 (soit 130 ans après). Mimi, petite fille vivant seule avec sa mère dans un petit appartement berlinois, se lamente de se trouver seule alors que sa maman travaille à l’aérodrome et que l’école est fermée à cause de la neige. Un voisin, M. Otto, lui donne l’occasion de sortir de sa solitude en lui proposant de l’accompagner, pour la journée, sur le lieu de son nouveau travail… au musée d’histoire naturelle.

Amoureuse des animaux, Mimi se retrouve donc dans un véritable Disneyland où les animaux empaillés font son émerveillement. Faisant tomber accidentellement des caisses entreposées dans une réserve, elle met à jour un cargo précieux : un singe tacheté à longue queue. La bestiole, vivante, profite de sa liberté retrouvée pour sortir de sa léthargie… et du musée. Retrouvant sa bienfaitrice chez elle en toquant à la fenêtre, une amitié naît entre l’animal rarissime persécuté et la petite fille malheureuse et solitaire. Leurs aventures vont les mener à travers la ville où une quête inattendue va rythmer leur journée.

Avec une histoire de facture classique où les héros, défavorisés, malmenés, persécutés, se retrouvent entre eux plus forts pour affronter l’adversité, Flix ne prend pas tellement de risque, en tout cas comparé au très noir et audacieux La Bête de Zidrou. Mais on peut le pardonner à l’auteur qui a, de toute évidence, choisi un public résolument jeune. Énormément d’occasions d’étoffer l’histoire ont été (volontairement ?) ignorées : les considérations sociales ? Le départ du père ? La momie ? La fumée verte ?… tous ces éléments sont présents, voire très présents, sans qu’aucun n’ait été prétexte à une intrigue secondaire. Cela donne un scénario relativement linéaire au ton slapstick assez prononcé où les facéties du marsu, les gentilles vengeances contre les mini-injustices d’un monde hostile et, surtout, la quête assez répétitive du “trésor” du Marsupilami constituent un ventre mou d’assez grande envergure et sans réel enjeu.

Ignorées également, d’assez larges incohérences (le tigrou empaillé qui miaule, l’animal vivant après 130 ans dans une caisse…) qui laissent perplexe le lecteur avisé. Même si la “mignonitude” est indéniable et le capital charme quasi inépuisable, les adultes risquent de ne pas trouver leur compte dans un album où tout est calibré pour le bonheur des jeunes lecteurs, sans risque de les perdre.

Associé au graphisme tout en douceur et rondeurs charmantes de Flix, assez curieux de par ses coups de crayon nerveux et répétés à la plume fine (résultant en des traits doubles voire triples qui en font la marque de fabrique), le produit fini est idéal pour faire découvrir aux plus jeunes lecteurs ce monument de la BD classique. Les connaisseurs plus âgés, eux, auront le sentiment légèrement désagréable d’avoir été oubliés.

Chronique écrite par Philippe BARRE
Informations sur l’album
- Scénario : Flix
- Dessin : Flix
- Couleurs : Ralf Marczinczik
- Éditeur : Dupuis « Tous publics »
- Date de sortie : 7 octobre 2022
- Pagination : 72 en couleurs
- Format : 225 x 297