Spirou chez les Soviets
Nouvel avatar de la série des “Spirou vu par…”, Spirou chez les Soviets est le deuxième album de l’excellent Fabrice Tarrin, cette fois accompagné de Fred Neidhart, se joue d’un titre évocateur. Entre hommage respectueux et gentille analyse géopolitique, l’essentiel reste l’aventure.

Spirou et Fantasio se lancent à la recherche du Comte de Champignac, enlevé par des agents russes qui ont besoin de lui pour mettre au point une mystérieuse onde « GPS » (sorte de Zorglonde avant l’heure). Commence donc un voyage en Russie soviétique chronologiquement antérieur, selon toute vraisemblance, à celui de Spirou à Moscou (de Tome et Janry). Quant à l’illustre prédécesseur hergéen, il en est fait une subtile et assez ironique référence.

On peut trouver pas mal de défauts à l’histoire, entre des ressorts scénaristiques un peu gros (la boussole…), une faille dans la narration (comment Fantasio et Natalia se sont-ils retrouvés dans ce train ?…) et quelques lieux communs ayant trait aux obligatoires bons sentiments de Spirou, ami, partout, toujours ; mais l’objectif premier tel qu’il semble être défini par Fred Neidhardt, une critique comparative des deux grands systèmes en opposition, capitalisme et communisme, est atteint. L’adhésion n’est totale pour aucun des deux, et la caricature, bien vue quoique peut-être trop forcée, n’épargne ni l’un, ni l’autre, tout en posant les bonnes questions.

Fabrice Tarrin semble assez curieusement, parti-pris honorable, adopter un graphisme plus Jijéesque que dans son premier Spirou one-shot (Le Tombeau des Champignac, avec Yann en 2007), particulièrement flagrant dans la bouille et les attitudes de Fantasio. Le dessin, se voulant ainsi dans la lignée directe et respectueuse des grands anciens, est remarquablement dynamique, avec une mise en couleurs cohérente, sublimant même de très beaux paysages neigeux.

Les auteurs signent donc un album fort honorable, réussissant le pari du divertissement pédagogique, ou de la pédagogie divertissante, où l’on fait réfléchir sans se prendre vraiment au sérieux.

Chronique écrite par Philippe BARRE
Informations sur l’album
- Scénario : Fred Neidhardt
- Dessin : Fabrice Tarrin
- Couleurs : Fabrice Tarrin
- Éditeur : Dupuis « Tous publics »
- Date de sortie : 4 septembre 2020
- Pagination : 56 en couleurs
- Format : 226 x 298